Comme les grossesses, chaque accouchement est différent. J’ai décidé d’accoucher sans péridurale et je vais vous raconter le déroulement de mon accouchement.
Pourquoi Je veux Accoucher sans Péridurale ?
Quelle idée….?? Pourquoi souffrir alors que l’on te propose de ne rien sentir ? Tu es folle ! … J’en passe … Voilà la première réaction de mon entourage.
C’est vrai : pourquoi faire cela ? Eh bien pour plusieurs raisons.
- La première raison: Le discours que ma mère m’a tenu depuis toujours.
« C’est un moment difficile, mais au moment de la délivrance, tu ressens un soulagement tellement fort qu’il faut le vivre ».
J’ai entendu ces propos de nombreuses fois. Ainsi je me suis toujours dit que je voulais accoucher sans péridurale pour vivre ce moment.
- Une deuxième raison et que je redoute un peu de ne rien ressentir avec la péridurale. Comment savoir si le travail est en route ? Si je pousse correctement ? Je suis une personne qui aime avoir le contrôle sur mon corps et de mes douleurs. Je me rassure en me disant que la douleur ressentie pendant mes règles doit ressembler à la douleur de l’accouchement. En effet, la douleur de mes règles est tellement forte ! (À m’en mordre la main afin de faire passer la douleur ailleurs que là où je la ressens)
- Une troisième raison, les effets secondaires de la péridurale. Il faut savoir que la péridurale n’est pas sans danger. Cela reste une anesthésie. Les maux de tête violents, des allergies aux médicaments utilisés, de la fièvre, des séquelles si la colonne vertébrale est touchée, des douleurs aux dos …
Malgré tout ce que je pense sur la péridurale, pendant ma grossesse, je passe par de nombreuses phases. Je me dis : Pourquoi faut-il sortir ce « bébé » ? Des moments d’angoisses à l’idée de devoir ressentir une douleur inconnue. Est-ce que je vais y arriver ?
Il faut savoir que j’ai encore plus peur de la césarienne que d’accoucher sans péridurale. Avoir une marque sur mon ventre et ne pas pouvoir sentir mon bébé passer m’inquiète énormément. J’aspire à un accouchement naturel. J’y mets un point d’honneur, je ne saurai pas expliquer pourquoi et comment j’en suis arrivée à penser cela. Parfois certaines choses nous tiennent à cœur et sont inexplicable.
- Pour finir, c’est un genre de challenge. Je me suis toujours dit que j’accoucherai sans péridurale, je veux accoucher sans péridurale ! Comment les femmes faisaient-elles avant ? Elles n’avaient pas le choix alors pourquoi je n’y arriverais pas ?
Le raisonnement peut paraitre « bête », mais cette envie fait partie de moi.
Pré Accouchement
J’ai un dernier rendez-vous chez ma gynécologue environ 1 semaine avant l’accouchement. Elle décide de m’ausculter et nous dit que je suis dilatée à 2. Cela me parait toujours fou de pouvoir dilater sans douleurs, plusieurs jours avant l’accouchement. Elle me dit à ce moment-là que « bébé » à beaucoup de cheveux : assez rigolo d’entendre ça.
Une petite anecdote : A 8 mois, je n’en peux plus, je veux accoucher. Mes contractions m’épuisent, mon ventre est tout le temps dur. Je ne peux pas rester longtemps debout, ni assise d’ailleurs. Même la position allongée me donne des contractions. Je décide de mettre en application ce que j’ai entendu pour accoucher le plus rapidement possible : je me mets à laver les fenêtres, faire le ménage, je bouge, jusqu’à faire de la marche rapide, rien n’y fait… Heureusement, cela viendra quand même quelques jours après.
L’Accouchement
La Perte des Eaux
8 mois et demi de grossesse, 23h30 je me couche et je sens des contractions « douloureuses », des contractions durant lesquelles je ressens une gène. Sur les conseils de la sage-femme, je regarde attentivement l’heure et je compte l’espacement entre chaque contraction.
Là, j’éternue alors que je suis au lit, et je sens un liquide sur mes cuisses. Je me dis que je me suis fait pipi dessus…
Je me lève du lit et là je m’aperçois que ce n’est pas de l’urine, une fois debout, de l’eau coule entre mes jambes.
C’est visiblement le grand jour. Je vais chercher mon conjoint et je lui dis :
« — Je crois que j’ai perdu les eaux.
— Comment ça tu crois ? Tu penses que cette flaque d’eau c’est quoi si c’est pas ça ? »
Pour moi il n’y a pas beaucoup de liquide, mais visiblement pour lui, oui…
Je prends le temps de me doucher, je mets ma valise dans la voiture et direction la maternité.
Arrivée à la Maternité
Les douleurs ne sont pas violentes. Nous arrivons à la maternité vers minuit et demi, nous sommes pris en charge directement. On me propose un fauteuil roulant si je le désire.
Une fois à l’étage de la maternité, une sage-femme me met le monitoring et observe les contractions je suis dilatée à 2.
La sage-femme me demande si je souhaite toujours accoucher naturellement. Je suis alors accompagnée en chambre.
Jusqu’à 6 heures du matin je suis dans ma chambre à gérer la douleur et ne sachant pas vraiment si le travail est bien engagé… De 1 h à 6 h, j’enchaine les positions, les massages en bas du dos, la douche chaude, le ballon… Et je suis prise d’envies foudroyantes d’aller aux toilettes. Je me vide littéralement. (Une pensée folle d’accoucher dans les toilettes me traverse l’esprit…) Beaucoup de femmes angoissent à l’idée de « faire caca » en accouchant, eh bien, sachez qu’il est possible que votre corps le fasse naturellement avant l’accouchement. La nature est quand même bien faite.
Pendant ce temps-là, mon conjoint dort profondément à côté de moi ! Pour sa décharge il a travaillé toute la nuit d’avant.
6 h du matin: La nouvelle équipe de sage-femme vient me voir. Je suis dilatée à 6. Elle me propose d’aller en salle d’accouchement. Les douleurs sont plus fortes, toujours douloureuses, mais cela reste encore supportable.

En Salle d’Accouchement : Acte 1
Me voilà dans la salle d’accouchement avec mon conjoint à mes côtés. La sage-femme me propose du gaz : le kalinox pour apaiser un peu mes douleurs. J’accepte. Je suis preneuse de toutes les solutions qui peuvent apaiser mes douleurs. J’arrive encore à gérer les douleurs, mais si cela change, je vais avoir besoin de tout ce que l’on me propose.
Cette salle est très accueillante. Sur ma gauche se trouve le nécessaire à l’accueil de « bébé » puis, pleins d’écrans avec une table d’accouchement. Sur ma droite, il y a une estrade avec un grand tapis bleu ainsi qu’une baignoire.
Je m’installe sur le tapis et je prends mon mal en patience. La sage-femme fait beaucoup d’aller-retour, je me retrouve souvent seule avec mon conjoint à me demander comment le travail avance. Une auxiliaire puéricultrice reste avec nous plus souvent et me soutient, me parle et m’encourage. Cela fait énormément de bien d’avoir une professionnelle a côté de nous.
Mon conjoint est beaucoup sur son téléphone à donner des nouvelles à mes parents et les siens. Cela commence à m’agacer à partir du moment où les douleurs sont un peu plus fortes. Je les ressens de plus en plus. Est-ce la fatigue ? Est-ce les douleurs qui augmentent ? Quoi qu’il en soit, je le lui demande d’arrêter car j’ai besoin de lui. Un dernier message disant que tout va bien et qu’il revient vers eux plus tard !
La douleur se fait sentir de plus en plus on vient vérifier ma dilatation très fréquemment. La sage-femme me propose un ballon afin de m’étirer le dos. J’alterne les positions et les bouffées de gaz jusqu’à ce que je sois enfin dilatée à 10 vers 10 h du matin. Lorsque la sage-femme me l’annonce enfin, je me dis immédiatement :
« C’est bientôt fini, tu as fait le plus dur courage ! »
Mon conjoint à un rôle très important. Il se rend disponible et il m’écoute. Rien que sa présence m’apaise et me rassure.
Me voyant souffrir encore plus, la sage-femme me dit que je peux aller dans la baignoire si je veux, le chaud va apaiser mes douleurs. Je mets du temps à me rendre dans la baignoire, car les contractions sont très fortes et je ne veux pas forcément bouger de peur d’avoir encore plus mal et de ne pas arriver à contrôler une contraction une fois debout.
Je me trouve dans la baignoire, le chaud calme effectivement mes douleurs, c’est un peu magique je l’avoue.
Toutefois, le bébé ne descend pas… Commence alors une nouvelle étape de mon accouchement. Lorsque je pousse, le bébé ne bouge pas d’un centimètre. La sage-femme me propose de faire un peu d’acuponcture pendant que je suis dans la baignoire. Je pousse quand la sage-femme me dit de pousser, la douleur est décuplée! Pendant cette période-ci je me vide encore une fois, mais dans la baignoire. Je me souviens de la réaction de mon conjoint qui souhaite me nettoyer … J’admets qu’a cet instant, je ne m’inquiète absolument pas de cela, j’ai tellement mal que j’en fais complètement abstraction.
Je regarde l’heure passée et la sage-femme qui part, qui revient, qui repart. Elle me demande parfois de pousser, il devrait sortir, mais il ne sort pas, il ne bouge pas d’un yota. La sage-femme me rassure et me rassure jusqu’à 13 h (cela fait maintenant 3 h que je suis dilatée a 10, mais que rien ne se passe). En regardant l’heure, je perds espoir et j’arrive de moins en moins à gérer la douleur. Je sens qu’il se passe quelques choses de pas « normal ».
En Salle d’Accouchement : Acte 2
La sage-femme me propose de faire un dernier exercice qui devrait aider « bébé » à descendre. Je dois me mettre debout et me déhancher lentement avec l’aide de mon conjoint. Nous nous mettons à danser… Lorsque j’ai une contraction nous devons nous accroupir. Je ne peux pas vous décrire les douleurs, mais j’ai tellement mal, que lors des contractions, je pince très fort les trapèzes de mon conjoint. J’ai peur de lui faire mal, mais il me dit de continuer si cela peut m’aider. Après plusieurs et longtemps minutes, je désespère car l’exercice n’a pas fait évoluer la situation.
À ce moment précis, j’ai tellement mal que je pense à la péridurale, je demande à mon conjoint ce qu’il en pense. Il me dit que la décision m’appartient. Je lui dis que je ne pense pas que la péridurale est possible si je suis dilatée à 10 et tente de me ressaisir.
Je pleure de douleur et perds toute la confiance que j’avais… La sage-femme me demande comment je vais. Ça ne pas va pas du tout. Je lui demande des explications sur ce qui se passe. Elle me dit de ne pas perdre espoir. C’est trop tard, le bébé ne descend pas alors que cela fait plus de 3h que je suis dilatée à 10.
Je finis par lui demander si la péridurale est encore possible. La sage femme semble embêtée, elle me dit que c’est possible. Elle rajoute qu’elle ne veut pas que je regrette ma décision.
« C’est sûr que je vais le regretter ! Mais, je n’en peux plus. »
Elle me demande une confirmation : j’acquiesce à mon grand regret.
L’arrivée de l’Anesthésiste
L’anesthésiste arrive vers 14 h, il me pose la péridurale. Je m’allonge sur la table d’accouchement, la position est très inconfortable avec les contractions qui ne s’arrêtent pas. Après quelques minutes la sage-femme me demande si je vais mieux, mais non j’ai toujours aussi mal ! Elle n’a pas fonctionné …. Il faut que ça tombe sur moi !
L’anesthésiste revient et me repose la péridurale en me disant qu’il va doubler la dose. Déjà que je n’en voulais pas, alors savoir que je vais avoir double dose est très dur à entendre.
Enfin, elle fonctionne ! Je ne ressens plus rien, c’est très agréable. L’anesthésiste me dit qu’il m’avait vu plus petite et que la dose n’était pas adaptée.
La sage-femme me demande de pousser. Elle me demande aussitôt d’arrêter et m’explique que je ne dois plus pousser car lorsque je pousse le cœur du bébé ralentit beaucoup. Elle décide d’appeler le gynécologue d’astreinte. Il y avait bien un problème…
Il est 15 h 30, le gynécologue se fait désirer, mon conjoint part manger un bout sur conseil de la sage femme : il n’a pas mangé depuis la veille au soir.
En son absence, je parle avec l’auxiliaire puéricultrice. Je me confie sur mes inquiétudes. Je lui demande si elle pense que je vais avoir une césarienne. Elle me dit ne pas savoir. Elle tente de me rassurer en me disant que je ne devrais pas en avoir. Je lui dis sur un ton à moitié sérieux:
« Je n’ai pas fait tout ça pour finir avec une césarienne, vous vous débrouillez autrement pour le faire sortir ».
Vers 16 h, le gynécologue arrive. Il me demande de pousser. Après analyse de la situation, il me dit qu’il va le sortir avec les spatules. Je lui fais part de mes inquiétudes : j’ai peur qu’il lui écrase la tête, il doit faire super attention. Il sourit et prend le temps de nous expliquer comment il va faire et comment cela va se passer.
Avant de commencer à pousser, il me demande si j’ai envie d’uriner. Je n’en ressens pas le besoin, il décide quand même de me mettre une sonde afin d’en être sûr et il a bien fait ! Nous avons un peu rigolé, car ce moment est vraiment loin de redorer mon image auprès de mon conjoint, ce que je ne manque pas de relever à voix haute.
Je ne vois aucune objection à ce que mon conjoint regarde lorsque je pousse. Je peux comprendre que cela peut être compliqué pour certaine femme. Pour tout vous dire, avec ce qu’il a vu et senti jusqu’à maintenant, je ne suis plus à ça prêt !
Enfin, le moment redouté, mais aussi tant attendu, la poussée. Il est 16 h 30 : « bébé » sort rapidement, je pousse une ou deux fois et le tour est joué. Je vois la tête de « bébé ». Le gynécologue retire très rapidement et d’un coup de main le cordon qu’il a autour du cou et autour de l’épaule. Cela explique bien pourquoi « bébé » ne descendait pas et pourquoi son cœur s’arrête de battre lorsque je pousse.
Une fois les tours de cordons retirés, le gynécologue me demande si je veux sortir « bébé » moi. Je suis très heureuse qu’il me le propose. J’ai alors la chance de pouvoir prendre « bébé » au niveau des aisselles : je le tire vers moi. Un moment de bonheur et de soulagement !

Les Premières Heures de Vie de « Bébé » dans la Salle d’Accouchement : Le Peau-à-Peau
ENFIN, le petit garçon est là, les douleurs sont finies !
Le gynécologue propose à mon conjoint de couper le cordon, ce qu’il fait. L’auxiliaire puéricultrice me le pose sur la poitrine. Il est tout fripé et poilus : Il n’est pas très beau dit donc … En plus, il a des pieds immenses et un énorme sexe ! Je dis tout cela en rigolant en salle d’accouchement, l’auxiliaire puéricultrice me rétorque : « il vient tout juste de sortir, c’est normal. »
Le gynécologue me dit que j’ai eu de la chance car j’ai évité l’épisiotomie de justesse, visiblement rare lorsque les spatules sont utilisées. Toutefois, j’ai eu une déchirure vaginale, moins douloureux. Il me pose des points et nous demande si nous voulons voir le placenta, qu’il m’a retiré quelques minutes avant. Le gynécologue nous montre alors sous tous ses angles le placenta et nous explique comment « bébé » était à l’intérieur et comment cela fonctionne. Cette explication est fascinante.
Au départ du gynécologue, la sage-femme et l’auxiliaire me prennent « bébé »: il est pesé et mesuré. Par la suite, commence le peau à peau avec la tétée de bienvenue (car je souhaite allaiter) ! Je suis guidée par l’auxiliaire puéricultrice: « Bébé » trouve directement le sein et ne le lâche plus. On me dit que cela n’est pas toujours aussi facile, mais tant mieux pour moi et lui.
Je reste là sans bouger, j’admire ma merveille, en lui donnant le sein bien serré contre moi pendant 2 h environ.
Au bout de 2 h, l’auxiliaire puéricultrice demande si papa veut lui aussi faire du peau à peau : il le souhaite plus que tout.
Me voici admirant maintenant mes deux amours l’un contre l’autre.
Pendant ce temps-là, il est environ 19 h, on me rapatrie dans ma chambre en fauteuil roulant, car la péridurale fait toujours effet. Très compliqué de pouvoir marcher ou être debout. Nous voilà dans notre chambre : la famille attend sur le pas de la porte :
« Et mince ! C’est encore l’heure des visites ! »
Je vous avoue que je ne voulais pas forcément que la famille débarque aussi vite. J’aimerais que personnes ne viennent durant notre séjour à la maternité. Dans cette situation, difficile de dire à la famille : « Personne ne vient, et personne ne touche mon « bébé ». Pourtant c’est le fond de ma pensée !
À l’heure où je vous parle, je me souviens très peu de la douleur (je m’en suis souvenue pendant de nombreux mois !). Heureusement que nous oublions, car j’ai en mémoire qu’en sortant de la salle d’accouchement j’ai dit à l’auxiliaire :
« Plus jamais je veux vivre cela ! La prochaine fois il est hors de question que je souffre autant ! C’est pas humain »
Néanmoins, plus le temps passe, plus j’oublie les douleurs, et je me dis que je veux réessayer d’aller jusqu’au bout sans péridurale et sentir ce que je souhaite ressentir depuis toujours : le bébé passer au moment de la poussée!