Je vais vous parler des angoisses, des difficultés et de la culpabilité… que j’ai rencontré pendant ma grossesse. Je vous avoue qu’avec du recul j’arrive mieux à comprendre les raisons et à expliquer ce que j’ai vécu. Ma grossesse n’a pas été simple. Je n’ai pas eu de complications sévères, toutefois j’ai eu des contraintes à gérer qui ont induit des questionnements et des inquiétudes : Est-ce que je mène ma grossesse comme il le faut ? Est-ce que je peux me promener ? Qu’est-ce que je peux manger? Etc. Fatiguant je vous l’avoue…
Début de ma Grossesse: L’Arrivée Progressive de la Culpabilité et de mes Angoisses.
Deux premiers mois : Le début de ma grossesse se déroule relativement bien. Je n’ai pas de nausées matinales, je n’observe pas de changements physiques notables, je ne suis pas plus fatiguée que d’habitude, je n’ai pas d’envies particulières… Le seul petit dérangement est que mon odorat est devenu très sensible et certaines odeurs, comme le poulet grillé, m’est devenue insupportable.
De plus, mon travail ne me permet pas d’appréhender ma grossesse sereinement. Assez rapidement, je commence à avoir des vertiges très violents et des moments où mon ventre devient très dur, puis cela passe. Je dois avouer que j’ai cru que je sentais mon bébé bouger, à seulement 2/3 mois, au vu des sensations. Une sage-femme avec qui je fais de l’haptonomie me dit, en touchant mon ventre, que ce sont des contractions et qu’il faut surveiller cela. Les questions, la culpabilité et les angoisses commencent…
L’arrêt de Travail pendant ma grossesse
Trois mois de grossesse : Suite à ce constat, ma gynécologue décide de me mettre en arrêt de travail. Les contractions n’agissent pas sur mon col, mais le risque que cela puisse changer est visiblement trop important. Je commence à me poser des questions tel que : Est-ce que j’ai le droit de me mettre en arrêt ? Est-ce que mes contractions, alors qu’elles n’agissent pas sur mon col, rendent légitime mon arrêt ? Est-ce que tout cela n’est-il pas psychologique? Mon arrêt serait donc un prétexte pour ne pas aller travailler… Qu’est-ce que va penser mon employeur, ou même, ma famille?
Mes parents et l’ensemble de mes proches m’ont toujours dit que la grossesse n’est pas une maladie et qu’elle n’empêche en rien de travailler… Alors pourquoi je n’arrive pas à déculpabiliser et à profiter de « la chance » que j’ai de pouvoir vivre ma grossesse pleinement et simplement tout en prenant du temps pour moi avant l’arrivée de ce petit être.
Ma gynécologue me dit qu’il est important que je reste allongée. Pas totalement alitée, mais que je dois me ménager pour que les contractions n’agissent pas sur mon col. Dans tous les cas, je dois vous avouer que je ne peux pas rester longtemps debout du fait de cette sensation désagréable.
Je reste alors souvent allongée de peur que les contractions deviennent trop violente. Je ne sais pas vraiment quoi faire de mes journées. Quelques moments de déprime font alors surface lorsque je suis seule chez moi. Puis, un jour je reçois un appel d’un membre de mon entourage. Durant cet appel je fais part de mes inquiétudes à bouger trop souvent et trop longtemps. Je dis également que je m’ennuie. La personne que j’ai au téléphone me réponds d’une manière tellement directe que je me suis sentie très mal.
« Mais tu n’es pas malade, bouge-toi un peu ! »
À cause de cette remarque, tous mes questionnements sont revenus de plus belle. Pourquoi l’arrêt de travail ? Cette personne a raison, je ne suis pas malade après tout !
Ces questions tournent en boucle dans ma tête, le seul moyen que j’ai trouvé pour apaiser ma culpabilité: le soutien, les paroles réconfortantes et la confiance de mon conjoint ainsi que celui de ma sœur. Ce qui me réconforte, c’est de voir qu’aux yeux de certaines personnes, mes angoisses sont légitimes.
Le Discours de mes Proches ne calme pas Mes Angoisses durant ma grossesse
Les questions et les doutes s’installent et évoluent tout le long de ma grossesse. Une des premières questions a été : Pourquoi ai-je décidé d’avoir un enfant maintenant ? Cette pensée m’a fait culpabiliser et a déclenché de nouvelles questions : Serai-je une bonne mère ? Est-ce que je vais arriver à m’occuper de mon bébé H 24 ? Comment vais-je arriver à gérer le manque de sommeil ? Comment s’occuper d’un nouveau-né ? Est-il et sera-t-il en bonne santé ? Aura-t-il un quelconque handicap ?
Étant éducatrice spécialisée, je reçois une pression supplémentaire de la part de mes proches. En effet, travaillant quotidiennement autour de l’éducation des enfants difficiles, certains membres de ma famille me soutiennent qu’être mère est encore plus pénible. À ce moment-là je ressens même un malin plaisir de leur part à me faire peur et souhaite presque me voir échouer. Tout ça pour un « Je te l’avais dit ».
De nombreuses personnes témoignent d’un empressement à me voir endosser le rôle de mère, tout en ayant un œil critique sur mon bébé qui s’apparente à :
« Oh il bouge énormément ! C’est sûr qu’il va être casse-cou »
Ou encore, des phrases type tels que:
« Il va avoir du mal à rester en place, il va falloir t’accrocher. »
Dans ces moments-là, j’ai du mal à garder le silence. Je me suis dit que les personnes sont impressionnantes, ils arrivent à voir tout cela juste parce que je leur dis qu’il bouge beaucoup… Le rapport aux autres a été un facteur en plus d’angoisses et de doutes pendant ma grossesse. Je ne comprends pas forcément les personnes qui essaient de faire peur (intentionnellement ou non) aux futures mères. Certaines personnes peuvent parler de leurs difficultés dans leur rôle de mère, juste pour se sentir moins seule ou bien dans une « bonne » intention, comme un conseil. Néanmoins, le résultat reste le même : angoisse et de nouvelles questions naissent chez la future mère.
Je vais vous raconter une petite anecdote qui illustre mes propos. Durant ma grossesse, je rencontre une femme qui à deux enfants. Nous échangeons quelques instants puis elle me demande où je souhaite accoucher. À l’annonce de mon choix, cette femme me dresse un tableau peu élogieux de cet établissement.
Puis, elle me raconte son dernier accouchement, qui soit dit en passant ne s’est pas très bien déroulé, en rajoutant que la maternité que j’ai choisi n’a pas de service pouvant accueillir mon bébé s’il y a un problème. Que mon bébé devra être transféré dans un hôpital par hélicoptère et que généralement la mère ne le rejoint pas directement. Je reconnais que je suis restée muette face à cette femme : Que cherche-t-elle ? Pourquoi me dire tout cela ? Ne me voit-elle pas me décomposer face à ces propos, pourquoi continuer et en rajouter ? Libre à moi d’éviter certaines personnes pendant ce moment de ma vie unique.
À la fin du deuxième trimestre de grossesse, les questions autour de l‘accouchement font leur apparition. Je souhaite accoucher sans péridurale. Comment cela va se passer ? J’ai l’angoisse ultime de devoir subir une césarienne. Afin de tenter d’apaiser cette peu, j’effectue de nombreuse recherche sur internet pour regarder en quoi consiste une césarienne. Comment vous dire que cela été une mauvaise idée… Malheureusement, aucune information ne m’a apaisé. Au contraire, cela n’a fait que les renforcer. Le moyen le plus sûr reste encore de s’adresser à une personne qui a vécu ce que nous redoutons.

Un Amour Maternel Grandissant Lentement en Moi
J’ai toujours entendu qu’une fois enceinte, la mère AIME immédiatement l’enfant qu’elle porte. Cette phrase est en boucle dans ma tête.
Une fois enceinte je suis très soucieuse de ce qui peut arriver à mon bébé, je suis impatiente de me rendre à mes RDV médicaux, j’aime énormément poser mes mains sur mon ventre et le sentir bouger… Toutefois je garde en tête que la mère aime infiniment son enfant une fois dans son ventre. Je n’ai alors pas l’impression de ressentir ce qu’il faut! C’est assez difficile à expliquer, mais j’ai le sentiment que je n’aime pas assez le bébé dans mon ventre. Tout cela à cause de ce que l’on me raconte : Pourquoi je ne ressens pas ce que beaucoup de personne m’ont dit ? Cela veut-il dire que je ne serai pas une bonne mère ? À quoi doit ressembler ce sentiment que l’on me décrit ? Est-ce que le sentiment d’inquiétude permanent, que je ressens à l’égard de mon bébé est de « l’amour » ?
J’admets que cela me suit tout au long de ma grossesse : Pourquoi j’ai l’impression de ne pas aimer mon bébé? Qu’est-ce que je dois ressentir ? Après coup, je pense que j’ai mis un point d’honneur à « ce sentiment d’amour » qu’une mère doit éprouver. Peut-être que ce sentiment correspond à ce que je ressens déjà ? Car l’amour et l’intérêt que je porte à mon bébé est belle et bien présent. J’ai posé des mots et échangé avec des personnes de confiance, avec qui je n’ai pas peur d’être jugée. Cela m’a beaucoup aidé à comprendre ce sentiment d’amour que je portais à mon bébé. À présent je me dis que je prête peut-être trop d’attention à ce que mon entourage peut me dire : les tourments n’en sont que plus grands, l’envie de bien faire, de faire correctement, comme on me l’a appris… Je dois me faire confiance à mon instinct.
La Peur de Grossir
Je vais maintenant vous parler de mon angoisse de grossir durant la grossesse. Avant de commencer il faut que je vous parle de moi, afin que vous puissiez comprendre. Je suis une personne qui mange sainement, équilibrée et qui fait du sport. Ne manquant de rien, pour mon organisme, avant la grossesse cela me semble logique de ne pas avoir à changer mon alimentation pour ma grossesse. Les besoins pour le bébé vont être complets. Ainsi, dans mon esprit, j’espère que ma grossesse va me faire grossir uniquement le ventre.
Mon angoisses : les vergetures. En effet, j’ai déjà des vergetures au niveau des hanches qui descendent sur le fessier. J’admire toutes les mamans qui ne se posent pas cette question. Car vivre une grossesse avec cette crainte d’apparition de vergetures matin, midi et soir et très épuisant pour moi. Dans mon cas, cela tourne à l’obsession.
Afin de lutter contre l’apparition de vergetures, je me suis renseignée sur les différentes huiles utilisables pendant la grossesse et les différentes recommandations. Je me badigeonne toute la journée d’huile sur l’ensemble du corps. J’inspecte mon ventre deux fois par jour. J’en fais des cauchemars et je fais de nombreuses recherches sur les possibilités de faire disparaitre les vergetures, le prix, l’efficacité…
Je passe par de nombreuses phases. Celles où je me dis que cela ne sert à rien, et qu’il vaut mieux vivre ma grossesse pleinement car si je dois avoir des vergetures, j’en aurai ! Puis d’autres moments où je peux me mettre à pleurer rien qu’en imaginant les vergetures apparaître.
Me voilà à 7 mois et demi de grossesse : une vergeture apparait. Cela fait plus de 7 ans que j’ai retiré mon piercing au nombril pour que la peau ne soit pas sensible le jour J. Mais cela ne semble pas avoir servi à grand-chose. La vergeture démarre sur la peau se trouvant entre les deux trous du piercing. Quelques jours plus tard, un craquement au niveau du trou du haut du piercing, pointe le bout de son nez. Cela est difficile, mais je n’ai pas d’autres choix que d’accepter l’apparition de cette vergeture. Heureusement, elle n’est pas très voyante.
Mon inquiétude grandit encore aujourd’hui concernant une possible deuxième grossesse. Ma vergeture va-t-elle tenir ? Va-t-elle craquer totalement jusqu’en haut du ventre ? Va-t-il y en avoir des nouvelles ?
Je me rends compte que le sentiment de culpabilité et les angoisses qui ont émané de cette période de ma vie sont dû aux discours des personnes qui m’entourent. Cela n’est pas vraiment important de connaitre l’avis de chacun. Il me semble que plus important est de se faire confiance, nous nous connaissons mieux que personne, et de profiter de ce moment privilégier avec son bébé qui est long et court à la fois.
Ce moment est tellement unique, différent d’une femme à une autre, d’une grossesse à une autre, qu’il vaut mieux écouter et discuter avec les personnes en qui nous avons confiance : les paroles qui nous déplaisent, pourquoi ne pas arriver à les mettre de côté ? Qui nous en empêche ?